Assistez à la conférence de Livia BERGEROT, Docteure en Égyptologie – UMR 5140 Archéologie des Sociétés Méditerranéennes (ASM), Équipe ENiM Université Paul Valéry – Montpellier 3 – Rédactrice en chef de Égypte Afrique & Orient
Résumé
L’esthétique de Bès constitue une dimension majeure dans l’étude de cette divinité, longtemps victime d’un véritable délit de faciès qui l’a relégué durant plusieurs décennies au rang d’une entité mineure et quelque peu méprisable. Dans Histoire de la caricature de Champfleury (1865), on peut ainsi lire : « Dans ces pays d’ardent soleil, nulle trace de comique n’apparaît sur les sculptures pharaoniques. Cependant il est un dieu court, ramassé, ventru et lippu, nain apoplectique, grotesque et fantoche, dont la prétentieuse gravité provoque le rire ; c’est un dieu égyptien, le dieu Bès (…) qu’on peut comparer, malgré le respect dû à tout dieu, à une vieille grenouille menacée d’ankylose ». Si les publications actuelles ont largement réévalué la place de Bès, celui-ci demeure encore souvent défini comme un « génie grotesque », d’un intérêt secondaire, et il apparaît clairement à quel point notre perspective émique demeure biaisée par nos catégories esthétiques contemporaines. Pourtant, les particularités physiques de Bès font de lui une divinité unique dans l’histoire et dans l’art pharaoniques.Et pour cause, les éléments iconographiques qui constituent son physique ne sont pas le fruit d’une simple hybridation monstrueuse et hasardeuse, mais relèvent au contraire d’une construction cohérente, pensée pour refléter au mieux les implications de Bès dans le paysage cultuel égyptien. Loin d’être perçu comme un handicap, son nanisme peut ainsi être interprété comme le signe d’un pouvoir divin et solaire. De même, son visage, aujourd’hui considéré comme « laid » au point d’en devenir risible, n’est pas une simple manifestation de laideur : il participe pleinement à l’efficacité de la divinité. À travers l’étude des différents traits qui composent l’apparence de Bès, cette conférence cherchera ainsi à montrer comment son corps et son visage constituent moins une anomalie qu’une véritable technologie du pouvoir divin.
Informations pratiques
Date et horaires :
le samedi 12 décembre 2026 à 15h
Lieu (format bimodal):
Faculté de médecine – 23 avenue du maquis du Grésivaudan – LA TRONCHE
& en visio-conférence via Zoom
